Aller chercher la critique

Voilà qui peut paraître être une démarche quelque peu masochiste, pourtant, dans le travail d’un écrivain, rechercher la critique est essentiel. Bien sur, on recherche avant tout une critique bienveillante et constructive, pas celle qui insulte et fait mal gratuitement, mais celle qui fait progresser, qui nous fait nous remettre positivement en question.

On ne le redira jamais assez, mais en littérature, la phase de réécriture est primordiale. Une fois le texte « écrit », on obtient ce qu’on appel un premier jet, pour un auteur débutant essentiellement guidé par l’inspiration et le plaisir d’écrire. Cependant, ce premier jet n’est jamais, même pour les plus grands auteurs, l’œuvre définitive. Bien sûr, un auteur avec suffisamment d’expérience pourra obtenir un résultat assez proche de ce qui sera publié, mais cette expérience s’obtient progressivement, à force d’avoir travaillé et retravaillé ses textes.

Car en matière de littérature, d’excellentes idées ne suffisent pas : il ne faut négliger ni la forme, ni le style, ni la structure. Le travail d’écrivain ce fait donc pour une large part dans la phase de réécriture de ce premier jet, jusqu’à ce que toutes faiblesses soit retirées. C’est un travail long et difficile qui exige de prendre du recul par rapport au manuscrit que l’on retravaille.

Le premier lecteur critique du texte devrait être son auteur lui-même. C’est lui qui va devoir amener son texte à son meilleur niveau et il est important qu’il se lise et relise encore et encore avec une extrême exigence. Avec l’expérience, et à force de retours critiques, il apprendra à corriger par lui même les faiblesses et les problèmes les plus évidents.

Cependant, un auteur manque toujours du recul nécessaire pour mener une parfaite lecture critique de sa production. A force d’être dans le texte, de le travaillé, de le connaître par cœur, il fini par être familiarisé à son écrit, et ne plus pouvoir en deviner les faiblesses. Il lui faudrait pouvoir reconsidérer son manuscrit d’un œil neuf.

Il est donc essentiel pour un auteur de ce constituer un cercle de lecteurs, à qui il soumettra ses manuscrits pour recevoir un maximum de retour : ce qui marche, bien sûr, c’est important, mais surtout ce qui ne marche pas, pour le corriger. Ce cercle de lecture devrait dans l’idéal être composé de sensibilité différente, mais aussi de niveaux de lecture différents. En effet, le retour d’un lecteur occasionnel à autant de valeur que celui d’un lecteur chevronné, car il va généralement éclairer différemment l’auteur sur son texte, et le renseigné sur l’accessibilité de son œuvre, et probablement ce qui à positivement fonctionné dans l’histoire, émotionnellement parlant.

« C’est bien, j’ai bien aimé, c’est bien écrit. » Si le retour de votre ami lecteur se limite à ces réponses, n’hésitez pas à demander pourquoi. Le retour est, certes là, positif, mais il ne vous apprend rien sur votre texte et est donc tout à fait inutile. Creusez par vos questions le sentiment de votre lecteur : pourquoi est-ce bien ? Qu’à t-il le plus aimé dans l’histoire ? Si votre amis lecteur n’arrive pas à préciser ses sentiments vis à vis de votre texte de manière plus précise et argumentée, n’insistez pas, mais sachez qu’il vous faudra trouver quelqu’un d’autre pour constituer votre cercle de lecteurs.

Dans tout les cas, l’honnêteté du retour est le plus important, et il vous faudra vous passer de l’avis de vos amis les plus attentionnés, et leurs retours flatteurs qui ne visent, par amitié, qu’à rassurer et séduire votre ego, ou qui se limitent au positif, de peur de vous froisser ou pour vous faire plaisir.

Une fois correctement retravaillé, le texte est prêt à être proposé à une maison d’édition. S’il est suffisamment bon, si l’histoire plaît et correspond à la ligne éditorial, l’éditeur voudra s’engager plus avant et le publier, ou il prendra au moins le temps de faire un retour.

Mais les éditeurs croulent sous les manuscrits, dont plus de 95 % sont réellement impubliables en l’état, car non aboutis : ils préfèrent un manuscrit achevé, qui ne nécessitera que peu ou pas de retouches. Leur vocation en effet n’est pas le conseil littéraire, mais bien la publication et la vente de livres. Le retour, s’il y a, se limite alors à un énoncé générique, déclarant que l’œuvre ne correspond pas à la ligne éditorial, sans note de lecture ou appréciation.

Il faut comprendre que cette affirmation est toujours vrai : un bon éditeur n’inclura jamais un mauvais texte, ou même un bon texte mais avec trop de faiblesses dans son catalogue. C’est bel est bien la qualité des œuvres publiées qui construit l’image de marque d’une maison d’édition.

Un tel retour laisse cependant l’auteur perplexe et démuni. Sans savoir ce qui ne va pas, il finit par abandonner et passe à autre chose. C’est à ce moment là qu’il deviens judicieux de faire appel à un conseillé littéraire, qui pourra éclairer et guider l’auteur dans l’amélioration de son œuvre. Sa lecture critique, son exigence littéraire et ses retours argumentés donneront les clefs pour comprendre ce qui ne va pas, il proposera probablement des pistes pour que l’auteur s’améliore et trouvera des solutions aux problème que le texte suscite.

Le conseil littéraire est un métier relativement récent. Par le passé, cette tâche était du ressort de l’éditeur, et des cercles d’écrivains. La donne à changer aujourd’hui : beaucoup de monde écrit, et les auteurs on souvent un autre métier qui ne facilite pas la rencontre et le partage entre auteurs. Les maisons ont suffisamment de propositions de texte pour faire le choix des meilleurs et l’époque est à l’abondance littéraire : le secteur de l’édition est devenu très concurrentiel. Au final, l’éditeur a moins de temps, de budget, et de nécessité, à rédiger des retours argumentés. Malgré tout, quand on demande à un écrivain expérimenté ce qu’il attend avant tout d’un éditeur, la réponse est invariablement la même : la critique de son travail.

Ce retour argumenté, cette lecture critique et exigeante de l’œuvre, le conseillé littéraire la fournira : c’est là son métier. Il n’est ni co-auteur, ni éditeur, ni agent littéraire : son intervention se limite au processus de réécriture d’un texte. Il s’intéresse principalement à sa forme, son écriture plus qu’à son fond, mais pourra éventuellement aussi faire des remarques sur l’intrigue elle-même, révélant les points forts et faibles du récit, commentant sa structure, son style, sa narration, sa cohérence et son homogénéité.

En conclusion, je dirais simplement aux auteurs de ne pas rester seul face à leurs textes, et d’aller le plus possible chercher la lecture critique, vecteur important de progression, qui leur donnera les outils et réflexes de réécriture, faisant d’eux de meilleurs écrivains.

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